Projet scientifique
Axe 1 : Fabrications de l’urbain (2016-2018)

Droit à la ville au Sud, expériences citadines et rationalités de gouvernement
Appel à contributions pour le colloque international des 15-16-17 novembre 2017

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Appel à communications
Colloque international : « Droit à la ville au Sud, expériences citadines et rationalités de gouvernement » Université Paris Diderot, CESSMA, 15-16-17 novembre 2017

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Appel à communications
Colloque international : « Droit à la ville au Sud, expériences citadines et rationalités de gouvernement »
Université Paris Diderot, CESSMA, 15-16-17 novembre 2017
La notion de droit à la ville a récemment été remobilisée dans les sphères académiques et militantes en se chargeant de multiples sens (Kuymulu 2013). Les travaux en études urbaines qui la convoquent se sont multipliés depuis les années 2000. Ce regain d’intérêt s’est d’abord manifesté dans les travaux d’auteurs anglophones radicaux du Nord qui ont proposé de reprendre les théories d’Henri Lefebvre (Lefebvre 1968) pour théoriser un programme de résistance contre les transformations socio-économiques et politiques néolibérales (Purcell 2002 ; Harvey 2003 ; Mitchell 2003 ; Brenner, Marcuse, et Mayer 2009). Parallèlement, dans une perspective plus réformiste, des processus d’institutionnalisation et de codification de droits se sont enclenchés, s’appuyant explicitement sur cette notion mais lui donnant un tout autre sens. Le droit à la ville est alors saisi sous un prisme règlementaire et légal, technique et appliqué afin de promouvoir des agendas de droits sociaux pluriels et mesurables, dans une perspective « droits de l’Homme de seconde génération ». Certains travaux soulignent dès lors le risque d’affadissement de la portée critique et politique de cette notion (Belda-Miquel, Peris Blanes, et Frediani 2016 ; Purcell 2013 ; Mayer 2009)

La tension entre agenda révolutionnaire et programme réformiste et le risque d’affaiblissement de la portée critique de la notion résonnent de manière particulièrement forte dans les villes du Sud. En effet, les lectures développementales de la notion de droit à la ville qui préconisent une institutionnalisation de droits y connaissent un large écho (Parnell et Pieterse 2010 ; Brown 2010 ; Zérah 2011 ; Aubriot et Moretto 2013). C’est à ce titre que les travaux sur les villes du Sud ont le plus abondé le débat sur cette notion. Cela s’est concrétisé notamment par l’inscription du droit à la ville dans les agendas onusiens (Jouve 2009 ; Costes 2010) ou dans des législations nationales, en particulier au Brésil (Lopez de Souza, 2009). Dans le même temps, la notion de droit à la ville a été reprise en charge par des auteurs néomarxistes, ou plus largement dans une perspective politique et critique, cela à partir du Sud. Elle vise alors à penser la montée de la participation démocratique et de formes de résistances politiques dans le contexte de l’aggravation des inégalités intra-urbaines liée à la néolibéralisation (Samara, He, et Chen 2013 ; Carrión et Erazo 2016).

Ces différents corpus théoriques dialoguent plus ou moins bien entre eux. En outre, ils posent la question du statut de la notion de droit à la ville, tantôt considérée comme un slogan et un programme politique qui fait l’objet de l’étude, tantôt comme une catégorie d’analyse, les deux niveaux étant le plus souvent entremêlés. Face à cette difficulté, nous proposons de remettre en travail cette notion à partir des villes du Sud en décalant sa portée critique. Nous inspirant des travaux de W. Nicholls et F. Vermeulen (2012) et de J.-A. Boudreau, N. Boucher et M. Liguori (2009) qui examinent l’influence des expériences citadines sur la conscientisation et les mobilisations politiques, nous proposons de penser le droit à la ville comme un concept analytique qui permet de penser les relations entre pratiques quotidiennes des citadins et rationalités de gouvernement. Pour ce faire, nous proposons de livrer à la discussion la notion de « droit à la ville de fait ».

Le « droit à la ville de fait » désigne un processus de mise en ordre sociale et spatiale qui se joue à l’interface entre action publique (élaboration des politiques publiques, pratiques des agents de l’Etat) et pratiques quotidiennes des citadins, en tant qu’elles construisent des routines (Morange et Spire et Morange, Spire et Planel, numéro spécial à paraître). Le « droit à la ville de fait » renvoie donc à la manière dont les citadins contribuent à construire un ordre urbain social et spatial à travers la répétition au quotidien de gestes, la consolidation de liens sociaux, l’adhésion pratique à des règles collectives, les manières d’occuper et de s’approprier l’espace... Nous soutenons que ces conditions concrètes de la vie citadine influencent les manières d’être et de se projeter dans la ville. Le « droit à la ville de fait » implique donc de déceler ce qui, dans l’expérience de la vie citadine, conduit à la formation d’une conception normative de sa place en ville, de ce que peut et doit être l’ordre urbain, spatial, politique et social. In fine cela interroge aussi les temporalités de ces processus et la manière dont ils s’institutionnalisent dans la durée.

Dans cet esprit, ce colloque vise à réunir des communications portant sur la dimension politique des pratiques quotidiennes des citadins. Ces dernières ont de longue date attiré l’attention des études urbaines sur les villes du Sud, qui ont par exemple étudié les ancrages urbains ou la construction de la citadinité. Ce colloque se propose de nourrir et prolonger ces travaux en questionnant la dimension politique des expériences citadines au Sud. La question de la dimension et du potentiel politique des pratiques citadines a été abordée dans les discussions sur l’affirmation d’un droit à l’informalité (Huchzermeyer 2011), à travers la dimension « insurgente » de la citoyenneté (Holston 2008), ou encore à propos des capacité d’empiètement tranquille des citadins qui les constituent en sujets politiques (Bayat 2010). Les mobilisations et les processus de conscientisation politiques ont été considérés dans leur rapport à la pluralité des expériences citadines et de la condition urbaine (Uitermark et al. 2012). Ces débats rappellent que c’est à travers leurs pratiques de l’espace urbain que les citadins font l’expérience de processus d’exclusion sociale, de relégation, de marginalisation, mais aussi d’inclusion politique et sociale, d’affirmation de formes de citoyenneté en partie locale dont le contenu reste éminemment difficile à interpréter. Autrement dit, le « droit à la ville de fait » implique de considérer les pratiques citadines dans leurs dimensions à la fois conformistes et subversives.

La construction du « droit à la ville de fait » peut s’observer à partir d’objets très classiques dans la littérature sur villes du sud, tels que le logement, les services, l’espace public, le commerce de rue, les lieux de la migration. Ils permettent d’appréhender les différentes formes d’interaction entre citadins et agents de l’Etat au sens large, inscrites dans la durée des vies citadines et déployées dans le quotidien. Ces formes d’interactions sont particulièrement visibles lors d’interventions étatiques : processus de régularisation, politiques migratoires et processus d’invisibilisation/visibilisation des migrants, ou de restructuration/réhabilitation des quartiers précaires. Ces moments de passage nous semblent constituer des objets d’étude privilégiés pour analyser les pistes de réflexion autour de ce « droit à la ville de fait » compris non pas comme le résultat de conflits politiques ouverts (mobilisations, luttes urbaines...) mais comme un processus d’ajustement entre expériences citadines et rationalités de gouvernement dans la production de normes.

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