Projet scientifique
Axe 2 : Justice et inégalités (2016-2018)

Habiter Paris à tout prix ?

Revue : Urbanités
Date de parution : Janvier 2017
Numéro de la revue : http://www.revue-urbanites.fr/8-edito/
Collection : http://www.revue-urbanites.fr/
Numéro ISSN : 2268-9613
Domaine : Le fait urbain
Type de publication : Articles dans des revues scientifiques à comité de lecture

Résumé

« La métropole est en quelque sorte un gigantesque mécanisme de tri et de filtrage qui, selon des voies que l’on ne connaît pas encore complètement, sélectionne infailliblement dans l’ensemble de la population les individus les mieux à même de vivre dans un secteur particulier et un milieu particulier. » (Park, 1929 : 175).

Paris, comme toute métropole, attire autant qu’elle ségrége. Mais habiter Paris pour les ménages modestes et pauvres est de plus en plus difficile. Le marché immobilier parisien très tendu rend l’accès à la ville particulièrement ardu. L’augmentation du nombre des mal-logés ainsi que les demandes de logement social témoignent des difficultés à trouver un logement à un prix abordable et adapté à la taille du ménage. Ces difficultés semblent décuplées à Paris où les loyers comme les prix à l’achat de logement ont connu ces 15 dernières années une très forte augmentation. Le loyer moyen est passé de 13,20 €/m2 en 2000 à 22,30 €/m2 en 2015. Depuis 2008, un tassement de l’augmentation s’est amorcé suite aux répercussions de la crise des « subprimes », renforcé depuis le 1er août 2015 par la mise en place à Paris du contrôle des loyers dans le cadre de la loi pour l’Accès au Logement et un Urbanisme Rénové [1]. Néanmoins, à Paris, le parc locatif privé reste deux à trois fois plus élevé que le parc social.

Pourtant, les ménages modestes et d’origine étrangère considérés comme les plus défavorisés continuent d’y entrer et de s’y maintenir, résistant aux forces qui menacent de les en expulser. C’est ce que révèle l’étude de ces ménages réalisée dans le cadre de ma thèse, « Résistances et ressorts affinitaires dans la ville », abordant à la fois la question des inégalités sociales mais aussi celle de l’hospitalité, particulièrement celle des populations immigrés. Ce travail de recherche prend appui sur mon expérience en tant que militant depuis plus de 12 ans au sein d’une association, Comité Actions Logement, située dans le 18ème arrondissement de Paris en plein centre du quartier de la Goutte d’or. Ce choix d’étude a été d’abord déterminé par la possibilité d’accéder de façon privilégiée à un corpus important d’informations biographiques, notamment concernant des ménages pauvres d’origine étrangère. En outre, le 18ème arrondissement, territoire où est effectuée l’étude, concentre une forte proportion de ménages d’origine étrangère. Bien que soumis à un processus de gentrification entamé depuis le début des années 2000, il laisse apparaître des « poches de résistance » tout en conservant une forte identité « populaire ». Il a notamment été examiné dans le cadre de l’enquête « Rester en (centre) ville » (2016), résistance et résilience de la ville ordinaire dans quatre quartiers de villes capitales : Paris, Lisbonne, Bruxelles, Vienne à laquelle j’ai participé.

Ainsi, le travail d’enquête réalisé auprès de ménages modestes, d’origine étrangère, mal logés ou sans logement, demandeurs de logement socialinscrits dans une association, permet de saisir les moyens mobilisés par ces « entrants » (Bourdin, 2008) pour continuer d’habiter Paris. Au travers d’entretiens, d’une observation participante ainsi que le collationnement d’archives de l’association, l’étude de ces ménages met au jour des ressorts, des motivations et des solidarités singulières, voire certaines capacités de résistance. Elles leur permettent de s’installer et de se maintenir à Paris, mais aussi d’opérer des choix dans un marché très contraint, modérant ainsi les discours qui annoncent parfois un peu rapidement la fin du peuple en ville.

[1Observatoire des loyers agglomération parisienne, rapport 2016

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