Projet scientifique
Axe 3 : Héritages et innovations dans la construction des territoires (2016-2024)

L’anthropocène chez les architectes d’aujourd’hui

Avec l’historien de l’environnement Jean-Baptiste Fressoz, dans la revue Belge L’art Même, numéro 78, deuxième quadrimestre 2019, pages 7-9, 18 000 signes.
Type de publication : Articles dans des revues scientifiques autres

Extrait de l’article : « L’Anthropocène s’inscrit dans une version du sublime technologique reconfigurée par la guerre froide. Il prolonge la vision spatiale de la planète produite par le système militaro-industriel américain, une vision déterrestrée de la Terre saisie depuis l’espace comme un système que l’on pourrait comprendre dans son entièreté, un « spaceship earth » dont on pourrait maîtriser la trajectoire grâce aux nouveaux savoirs sur le Système-terre. L’arche de Noé stellaire sur fond de terre pixelisée s’inscrit complètement dans cet imaginaire. L’étrangeté de ces images provient du décalage temporel entre un imaginaire architectural typique de la guerre froide (le monument continu de Superstudio de 1969, les dômes de Buckminster Fuller) et sa reproduction dans le code graphique de la science du XIXe siècle (les références à Humboldt, à Cosmos, et à son invention des lignes iso dans fake earths1, ou encore les perspectives axonométriques comme espace de la science objective et froide). Si l’architecture est si facilement perméable à l’esthétique du sublime portée par l’anthropocène, c’est que celui-ci est au fond déjà une idée d’architecte, d’une architecture qui serait arrivée à son point limite : la terre toute entière. Le risque est que l’esthétique de l’Anthropocène, nourrisse davantage l’hubris de la géoingénierie —« fake earths » et « design earth » sonnent d’ailleurs comme des slogans ironiques pour celle-ci— qu’un travail patient, à la fois modeste et ambitieux d’involution et d’adaptation du geste architectural. La mobilisation d’une telle esthétique mélangeant effondrement et sublime technologique permet-elle de supporter les éventuelles démarches politiques que revendiquent les architectes eux-mêmes ou bien les annihile-t-elle sous des objets écrasants, paralysants et inatteignables ? »

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